Recherche et innovation

Les projets Minapath et Silicosis

12 novembre 2012 aucun commentaire

Les projets MINAPATH et SILICOSIS : un exemple de coopération transversale entre l’Université Claude Bernard Lyon 1 (UCLB Lyon 1), le Centre Hospitalier Saint Joseph Saint Luc et Sciences-Po Paris.

 

L’histoire du laboratoire
Depuis la description de deux cas de silicoses aiguës (maladie inflammatoire pulmonaire aiguë due à l’inhalation de silice) chez des jeunes filles ayant inhalé de la poudre à récurer en 1990, l’équipe du service de pneumologie s’est intéressée aux pathologies liées aux poussières et à leur probable sous-estimation.

Des actions ont été entreprises avec diverses publications. Une lettre du Professeur de médecine Jean-Michel Dubernard, député de Lyon, envoyée au Gouvernement et publiée au Journal officiel en 1994, a notamment alerté sur le danger potentiel de ces poudres à base de silice sous forme de quartz micronisé. En 1995, les fabricants de poudre à récurer remplacent finalement le quartz par de la calcite.

En 2004, un laboratoire d’analyse minéralogique est créé au sein du laboratoire de biologie du Centre Hospitalier Saint Joseph Saint Luc, permettant de doser l’amiante dans les prélèvements pulmonaires. Cette création dans un hôpital est originale en France (il n’existe qu’un seul autre laboratoire pratiquant cette analyse, à Paris, mais il n’est pas implanté dans un hôpital).

Cette création a été rendue possible grâce à divers mécènes : l’Association hospitalière Saint Luc, l’Association de lutte contre les cancers thoraciques et les maladies pulmonaires (ALCTMP), la Ligue du Rhône contre le cancer, la Région Rhône-Alpes, l’Association lyonnaise de prévoyance (ALP), l’Association lyonnaise de logistique post-hospitalière (ALLP) et le laboratoire Carso. Un partenariat a été établi avec le Centre Commun d’Imagerie Laennec de l’UCLB Lyon 1 pour pratiquer des études complémentaires en microscopie électronique, qui permettent de voir des particules infra-microscopiques, parfois de 100 nanomètres, et en réaliser l’analyse chimique.

L’analyse d’un taux élevé d’amiante dans le poumon sur un prélèvement par biopsie, généralement chez les sujets, opérés ou par fibroscopie, permet d’imputer à l’amiante l’origine de certains cancers du poumon ou d’autres maladies pulmonaires telles que la fibrose ou l’atteinte pleurale. Cette analyse parachève les données de l’interrogatoire professionnel parfois incomplet. Les patients peuvent ainsi être déclarés en maladie professionnelle et /ou faire une demande d’indemnité au fond d’indemnisation des victimes de l’amiante (FIVA).

Notre laboratoire a reçu plus de 1000 analyses à réaliser venant pour la majorité de l’ensemble des structures hospitalières (CHU, CHG, Cliniques privées) de la région Rhône-Alpes, mais également d’autres structures au-delà de la région.

Corps asbestosique vue en microscopie électronique.
Corps asbestosique vue en microscopie électronique.

L’actualité du laboratoire

L’amiante est suspectée également par le Centre International sur le Cancer de favoriser d’autres cancers que pleuropulmonaires : ORL, coliques, ovariens. Des publications discutent aussi ce rôle de l’amiante dans les cancers du rein.
Notre laboratoire a mis en route en octobre 2012 un protocole de recherche d’amiante dans les tissus rénaux, ovariens et coliques d’organes opérés de cancer et indemnes de lésion néoplasique. Ce, grâce à une subvention spécifique de la Ligue du Rhône contre le cancer (Prix Michel Voirin), avec la collaboration des services d’urologie, de gynécologie chirurgicale, de gastro-entérologie et de chirurgie digestive. De même est prévue une recherche d’amiante dans le sang de patients opérés de cancer du poumon et connus pour avoir une surcharge en amiante. Le but est de vérifier si on peut détecter cette surcharge dans le sang périphérique, ce qui permettrait d’appliquer cette recherche à un plus grand nombre de malades, notamment ceux qui sont inopérables.

Il s’agit du projet MINAPATH 01. Le nom « MINAPATH » est la contraction de MInéralo- NAno-PATHologie, c’est-à-dire l’étude des maladies liées à une exposition anormales à des particules ou des nano-particules minérales (inférieures à 100 nanomètres).

Les techniques de l’analyse minéralogique de l’amiante peuvent donc s’appliquer aussi à l’analyse des autres particules inorganiques comme la silice, les silicates (talc, mica, kaolin…), les métaux (chrome, nickel, aluminium…). Une thèse récente de Brice Daverton réalisée dans le service de pneumologie du Centre Hospitalier a montré l’intérêt potentiel de cette analyse au-de-là de l’amiante, notamment dans les maladies granulomateuses comme la sarcoïdose.

Par ailleurs depuis juin 2012, le service de pneumologie du Centre Hospitalier et le laboratoire MINAPATH sont partenaires du projet SILICOSIS. Pour la période 2012-2017, le Conseil Européen de la Recherche a attribué en 2012 un « ERC Advanced Grant » à Paul-André Rosental, Professeur des universités et chercheur en histoire au Centre d’études européennes de Sciences-Po Paris. Les ERC Advanced Grants permettent à des chercheurs reconnus pour être des scientifiques de premier plan, de mener des projets d’avant-garde à haut risque, mais promis à ouvrir de nouvelles perspectives de recherche. Ce projet traite de la silicose, une pathologie causée par l’inhalation de poussières de silice cristalline et qui s’avère être à ce jour la maladie professionnelle la plus mortelle de l’histoire. Contrairement à ce que certains peuvent penser, cette maladie n’appartient pas à un passé lointain : elle a sévi massivement durant le XXème siècle, est encore présente dans les sociétés industrielles, et est actuellement en plein développement dans les pays « émergents ». Le projet SILICOSIS vise à réévaluer l’importance épidémiologique de la silicose en combinant histoire, sciences sociales et santé publique. En effet sa définition médicale a été établie –et peu discutée- sur une base minimaliste, dans les années 1930, par les employeurs, les syndicats et les Ėtats sous l’égide du Bureau International du Travail (BIT).
Cette base tronquée a produit des effets à long terme, conduisant notamment à la sous- déclaration massive des cas de silicose, dont un grand nombre ont été déclarés comme relevant de la tuberculose.
Dans cette perspective, SILICOSIS, vise dans un premier temps, à réaliser une relecture de l’épidémiologie de la silicose et de la tuberculose au XXème siècle et ce dans une perspective transnationale, à savoir en comparant les mines européennes et sud-africaines particulièrement touchées.
Elle vise également à estimer l’ampleur réelle de la silicose aujourd’hui, principalement dans le secteur non minier, tout en questionnant les classifications médicales actuelles. Pour ce faire, en combinant l’histoire et les sciences sociales avec les connaissances scientifiques issues de la pneumologie, SILICOSIS pourra montrer si d’autres maladies inflammatoires chroniques (telles que la sarcoïdose, la polyarthrite rhumatoïde, le lupus érythémateux disséminé, la sclérodermie, etc.) sont susceptibles d’être causées, au moins en partie, par l’inhalation de silice ou par d’autres formes d’expositions aux poussières de silice.

« Last but not least », SILICOSIS espère contribuer à une meilleure prévention et à la sensibilisation aux dangers de l’inhalation de poussières de silice en dehors du secteur minier, comme par exemple dans l’industrie du bâtiment, la verrerie ou les fonderies. Afin de remplir ces objectifs, SILICOSIS propose une approche innovante à travers la combinaison des méthodes de l’histoire, des sciences sociales quantitatives et de la médecine sur la base des techniques les plus avancées d’analyse des tissus respiratoires. Cette approche sera reproductible à l’étude d’autres maladies professionnelles ou environnementales.

Le laboratoire MINAPATH du Centre Hospitalier Saint Joseph Saint Luc est le laboratoire de référence du projet SILICOSIS.

Conclusion et perspectives du laboratoire

Le laboratoire MINAPATH peut être l’outil d’une recherche transversale innovante pour l’ensemble des services de spécialités de l’hôpital . On soupçonne par exemple que le déclenchement de certains infarctus et accidents vasculaires cérébraux est lié à des pics atmosphériques de nano-particules dont certaines en rapport avec les émissions des moteurs diesels…ce qui relève bien du domaine de la minéralo-nano-pathologie.

Son développement n’a pu être réalisé que par un travail d’équipe réunissant pneumologues, biologistes, scientifiques et autres spécialités du Centre Hospitalier avec le soutien de notre administration.

Dr M. Vincent
Pneumologue au Centre Hospitalier Saint Joseph Saint Luc.
Directeur médical du laboratoire MINAPATH.

 

Image de couverture : Deux fibres d’amiante vues en microscopie optique à contraste de  phase. L’une, la plus longue, est couverte de fer donnant un aspect de corps asbestosique. La deuxième, située à droite et plus courte, est une fibre nue d’amiante.

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