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Fille d’accident : l’enfance maltraitée racontée par Karine Deraëdt

D 13 août 2026
Fille d’accident : l’enfance maltraitée racontée par Karine Deraëdt

Karine Deraëdt a grandi dans une famille où la peur tenait lieu de règle. À 28 ans, elle a été hospitalisée en psychiatrie. Elle raconte ces deux périodes dans Fille d’accident, paru en février 2026 chez Hygée Éditions, maison spécialisée dans les questions de santé et de social, adossée aux Presses de l’EHESP. Le livre fait 264 pages, au format poche, et coûte 13 euros.

Sommaire

Le récit démarre à l’enterrement du père

Ce livre sur les violences intrafamiliales s’ouvre sur les funérailles du père. La narratrice se tient devant le cercueil et commence à dire ce qu’elle n’a pas dit pendant trente ans. Tout le reste découle de cette scène.

La suite alterne deux lignes de récit. D’un côté, l’hospitalisation psychiatrique de 2007. De l’autre, les souvenirs d’enfance et d’adolescence, qui vont de 1979 à aujourd’hui et remontent en désordre. Karine Deraëdt a choisi des chapitres courts, ce qui permet de poser le livre et de le reprendre — utile, vu la matière.

Ce que le livre donne à comprendre de la mémoire traumatique

L’autrice décrit ce que son corps a retenu pendant que sa tête mettait les faits de côté : les sensations qui reviennent sans contexte, les épisodes qu’elle a longtemps minimisés, l’habitude de s’absenter mentalement pour tenir. Elle montre ensuite comment ces réflexes d’enfant, efficaces sur le moment, l’ont handicapée une fois adulte.

Ces mécanismes sont documentés. Le Centre national de ressources et de résilience (Cn2r), qui pilote le réseau français des centres régionaux du psychotraumatisme, rappelle que l’amnésie dissociative figure dans le DSM-5 et la CIM-11 comme un trouble à part entière. Le Cn2r insiste sur un point souvent brouillé dans le débat public : un souvenir dissocié a bien été enregistré, avec sa charge émotionnelle et sensorielle, mais reste difficile à récupérer en entier. Le centre décrit aussi le trauma dit complexe, celui qui naît d’expositions répétées sur des années — la configuration des violences subies dans l’enfance.

Le récit ne remplace pas ces travaux, il en donne la version vécue.

Des violences qui laissent peu de traces visibles

Le livre revient souvent sur ce qui ne se voit pas de l’extérieur : les phrases qui rabaissent, les menaces, l’obligation de se taire, l’état d’alerte permanent. Les professionnels de la protection de l’enfance connaissent ce registre. Il reste plus difficile à signaler qu’une ecchymose.

On mesure mal l’ampleur du phénomène. Quelques repères existent. En 2024, le 119 – Allô enfance en danger a traité 40 709 sollicitations, appels, formulaires en ligne et tchats confondus, portant sur 49 363 enfants en danger ou en risque de l’être, soit 13 % de plus qu’en 2023. La même année, police et gendarmerie ont enregistré 103 748 mineurs victimes de violences physiques, dont 57 311 au sein de la famille. Les situations qui ne remontent jamais échappent par définition à ces comptages.

Une autrice qui connaît les deux places

Karine Deraëdt est éducatrice de jeunes enfants. Elle a travaillé en crèche, au domicile des familles et dans la protection de l’enfance. Elle écrit donc depuis l’enfance qu’elle a eue et depuis le métier qu’elle exerce, ce qui explique l’audience du livre auprès des travailleurs sociaux, des étudiants en psychologie ou en travail social et des équipes de santé mentale.

La préface est signée Jasmina Mallet, psychiatre, professeure des universités et chercheuse à l’université d’Orléans. Elle y adresse une remarque aux soignants : derrière chaque symptôme, il y a une histoire. La postface revient à Nathalie Rharbi, cadre pédagogique au centre de formation des professionnels de santé de Lille.

Écrire, et ce que ça change

L’écriture est directe, souvent abrupte, avec des passages d’humour noir qui allègent la lecture. Karine Deraëdt raconte des choses dures sans chercher l’effet, et le texte échappe au misérabilisme.

La reconstruction occupe la seconde moitié du livre. Elle y apparaît lente, avec des rechutes et des périodes stables. La thérapie ouvre quelque chose, sans que l’autrice en fasse une méthode transposable. L’écriture, elle, sert à reprendre la main sur une histoire qu’elle a longtemps subie. Personne ne referme le livre avec un mode d’emploi, et ce n’était pas le projet.

À qui s’adresse Fille d’accident

Aux lecteurs de récits personnels, d’abord. Aux professionnels de l’enfance, du social et de la santé mentale, qui y trouveront ce que les dossiers ne disent pas. Aux proches, aussi, qui cherchent à comprendre ce que traverse quelqu’un dont l’enfance a été maltraitée.

Quelques passages sont éprouvants. Mieux vaut le savoir avant d’ouvrir le livre, et le lire en plusieurs fois si nécessaire. Ce qu’on y gagne : une idée plus précise de ce que recouvrent des mots devenus courants, comme résilience ou santé mentale, et la démonstration qu’un chemin existe, même long.

Fille d’accident, Karine Deraëdt, préface de Jasmina Mallet, Hygée Éditions, collection Plumes, février 2026, 264 pages, 13 € (e-book 8,99 €). ISBN 978-2-8109-1274-2.

Besoin d’aide ? Le 119 – Allô enfance en danger répond gratuitement 24h/24 et 7j/7, et n’apparaît sur aucun relevé téléphonique détaillé. Le 3919 – Violences Femmes Info est joignable dans les mêmes conditions, de façon anonyme.

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L'auteur
Diane

Diane Martinez est notre experte en santé et bien-être global. Médecin de formation avec une spécialisation en médecine préventive, Diane apporte une perspective holistique à "Au Cœur de la Vie". Elle écrit sur un large éventail de sujets, allant de la santé mentale à la prévention des maladies, en passant par le sommeil et le stress. Diane est déterminée à aider nos lecteurs à comprendre et à améliorer leur santé de manière globale

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