Arrêter de fumer : les méthodes qui ont fait leurs preuves
La rédaction d’Au Cœur De La Vie · · 7 min de lecture

Vous avez déjà essayé, peut-être plusieurs fois, et la cigarette est revenue. Entre les patchs, les médicaments, le téléphone, l’hypnose et la cigarette électronique, chacun défend sa méthode et les conseils se contredisent. Pour arrêter de fumer sans perdre des semaines, de l’argent et de la confiance en vous, la bonne question n’est pas « quelle est la méthode miracle ? » mais « laquelle les autorités de santé retiennent-elles, et qu’est-ce qui est pris en charge ? »
En bref
- La méthode la mieux établie associe un accompagnement et des substituts nicotiniques : la Haute Autorité de santé les place en première intention et réserve la varénicline et le bupropion à la seconde intention, sur ordonnance.
- Selon la HAS, 97 % des fumeurs n’arrivent pas à arrêter sans accompagnement ; le 39 89 de Tabac info service, du lundi au samedi de 8 h à 20 h, met en relation avec un tabacologue sans surtaxe.
- Depuis le 1er janvier 2019, la grande majorité des substituts nicotiniques sont remboursés à 65 % sur ordonnance, sans plafond annuel.
- Le traitement dure en général de 3 à 6 mois ; l’arrêter trop vite expose à un nouveau manque et à la rechute.
- La cigarette électronique n’est pas un produit de santé et n’est pas prise en charge.
Quelles méthodes d’arrêt du tabac ont fait leurs preuves ?
Trois leviers sont reconnus par les autorités de santé : l’accompagnement par un professionnel, les substituts nicotiniques et, en seconde intention, deux médicaments délivrés sur ordonnance. Santé publique France cite les thérapies comportementales et cognitives et l’entretien motivationnel, qui augmente la probabilité d’arrêt par rapport à un simple conseil minimal. La HAS insiste : l’accompagnement par un professionnel de santé est un facteur clé, et le médecin traitant peut le mener lors de consultations dédiées.
| Méthode | Place retenue par les autorités | Prise en charge |
|---|---|---|
| Substituts nicotiniques (patchs, gommes, pastilles, inhaleurs, sprays) | Première intention, selon le niveau de dépendance | 65 % sur ordonnance pour la grande majorité des produits |
| Varénicline | Seconde intention, si les substituts n’ont pas suffi ; ordonnance obligatoire | Remboursée dans le cadre d’un sevrage tabagique |
| Bupropion LP | Seconde intention, ordonnance obligatoire | Non remboursé |
| Cigarette électronique | Non recommandée comme outil d’arrêt par la HAS, sans décourager un fumeur déjà vapoteur | Aucune prise en charge |
Selon l’Assurance maladie, les substituts augmentent les chances de réussite de 50 % à 70 %.
Pour l’hypnose et l’acupuncture, les positions diffèrent. Santé publique France indique que leur efficacité n’est pas reconnue. La HAS, en 2014, estimait qu’elles ne devaient pas être découragées si le fumeur les juge utiles dans sa démarche.
Que rembourse l’Assurance maladie pour arrêter de fumer ?
L’Assurance maladie rembourse à 65 % la grande majorité des substituts nicotiniques, à condition de présenter l’ordonnance d’un professionnel de santé. Cette règle s’applique depuis le 1er janvier 2019. Le plafond annuel de 150 € a disparu et les pharmacies peuvent pratiquer la dispense d’avance de frais.
Peuvent prescrire : les médecins (y compris le médecin du travail), les sages-femmes, les infirmiers, les chirurgiens-dentistes et les masseurs-kinésithérapeutes. Les 35 % restants, le ticket modérateur, peuvent être pris en charge par votre complémentaire santé. À titre d’illustration, si un traitement est remboursable sur une base de 30 €, l’Assurance maladie rembourse 19,50 € et il reste 10,50 € à charge ou à la complémentaire.
Certains produits restent à prix libre, notamment certains sprays et les inhaleurs, qui ne sont pas pris en charge : le prix varie alors d’une pharmacie à l’autre. Sans ordonnance, l’achat en pharmacie reste possible, à vos frais. Pour la consultation, voir le remboursement chez le médecin.
Que proposent Tabac info service et Mois sans tabac ?
Le 39 89 est le numéro d’aide à distance de Tabac info service : il permet d’être accompagné gratuitement par un tabacologue et propose un suivi personnalisé ; l’appel est non surtaxé, du lundi au samedi de 8 h à 20 h. Une application d’e-coaching et le site tabac-info-service.fr complètent l’offre.
Les résultats du dispositif sont mesurés. Sur 45 803 fumeurs ayant échangé avec un tabacologue du 39 89 entre 2018 et 2020, 22,2 % se déclaraient non-fumeurs six mois plus tard. Le taux atteignait 32,2 % chez ceux qui essayaient déjà d’arrêter lors du premier appel, contre 17,0 % chez les autres ; les personnes injoignables étaient comptées comme fumeuses. Avoir fixé une date d’arrêt et avoir bénéficié de davantage d’entretiens de suivi augmentait la probabilité d’être non-fumeur à six mois.
Mois sans tabac, porté par Santé publique France avec l’Assurance maladie, ouvre sa 11e édition : les inscriptions sont ouvertes depuis le 1er octobre 2026 sur mois-sans-tabac.fr, pour un défi de 30 jours. Santé publique France indique qu’essayer d’arrêter pendant l’opération multiplie par 2 la réussite du sevrage à un an par rapport à une tentative sans aide, et que 30 jours sans tabac multiplient par 5 les chances d’arrêt à long terme.
La cigarette électronique aide-t-elle à arrêter de fumer ?
La HAS ne la recommande pas comme outil d’arrêt, faute de preuve qu’elle soit sans danger et qu’elle permette d’arrêter durablement, mais elle précise que l’utilisation chez un fumeur qui a déjà commencé à vapoter et veut s’arrêter de fumer ne doit pas être découragée. L’Assurance maladie rappelle que le Haut Conseil de la santé publique ne trouve pas de preuve scientifique suffisante pour affirmer qu’elle aide à arrêter, et qu’elle ne doit pas être utilisée pendant la grossesse.
Santé publique France rapporte un avis de 2016 du même Haut Conseil, qui la juge aide possible en usage exclusif, tout en soulignant le manque de données robustes et le risque de « porte d’entrée » vers le tabagisme.
Quelles erreurs font échouer un sevrage ?
La plus fréquente est d’arrêter trop vite les substituts : le traitement dure en général de 3 à 6 mois, peut être prolongé au-delà si vous ne vous sentez pas prêt, et l’interrompre brutalement ramène le manque et le risque de reprendre une ou plusieurs cigarettes.
- Utiliser un seul type de substitut. Les patchs diffusent la nicotine en continu ; les gommes, pastilles, inhaleurs et sprays agissent vite sur une envie forte. La HAS préconise de combiner les deux.
- Ne pas ajuster le dosage. Un patch trop faible laisse les symptômes du manque (envie de fumer, irritabilité, grignotage) ; un patch trop fort peut donner maux de tête, nausées ou palpitations. Le choix se fait avec un professionnel de santé ou le 39 89.
- Compter sur la seule volonté. La HAS juge indispensable de mettre en place un soutien psychologique et médical.
- Ne pas fixer de date. Avoir une date d’arrêt est associé à de meilleurs résultats chez les appelants du 39 89.
Par où commencer concrètement ?
Dans cet ordre :
- Choisissez une date d’arrêt et notez ce qui déclenche vos cigarettes.
- Appelez le 39 89 ou prenez rendez-vous avec votre médecin traitant, un infirmier, une sage-femme ou un chirurgien-dentiste pour évaluer votre dépendance.
- Faites établir l’ordonnance des substituts et présentez-la en pharmacie pour bénéficier du remboursement.
- Téléchargez l’application Tabac info service pour le coaching et prévoyez un nouveau contact avec le professionnel après quelques semaines.
Les autres thèmes de santé du site sont réunis dans la rubrique prévention.
Questions fréquentes
Peut-on réduire d’abord, puis arrêter ?
Oui. Selon la HAS, les substituts nicotiniques peuvent être utilisés dans une stratégie d’arrêt ou dans une stratégie de réduction de la consommation, si l’arrêt n’est pas encore envisageable pour le fumeur.
Fumer peu de cigarettes par jour est-il sans danger ?
Non. La HAS rappelle qu’il n’existe pas de seuil au-dessous duquel fumer soit sans risque et que le taux de mortalité est augmenté même chez ceux qui fument peu.
Les substituts nicotiniques entretiennent-ils la dépendance ?
Ils apportent la nicotine que le corps réclame, mais la libèrent doucement et évitent les autres substances toxiques de la cigarette. Le dosage est ensuite diminué peu à peu jusqu’à l’arrêt du traitement.
Qu’en est-il pendant la grossesse, l’allaitement ou avant 18 ans ?
La varénicline et le bupropion ne sont pas recommandés pendant la grossesse, l’allaitement ou avant 18 ans. Pour la femme enceinte, la HAS indique que, dans le cadre d’une prise en charge médicale, un traitement à base de nicotine est moins nocif que de continuer à fumer. Le choix se fait avec un médecin ou une sage-femme.
Que faire après une rechute ?
Une rechute ne ferme pas la porte : l’Assurance maladie invite les personnes qui viennent de rechuter à consulter Tabac info service. La HAS fournit aux professionnels des outils de prévention de la rechute, qui analysent les pensées et les situations qui ramènent à la cigarette. Une nouvelle consultation permet de revoir le traitement et la stratégie.
Sources
Sources consultées le 22 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.
- Santé publique France, « Sevrage tabagique : quels sont les traitements efficaces ? », santepubliquefrance.fr, mis à jour le 15 octobre 2025. https://www.santepubliquefrance.fr/tabac/sevrage-tabagique-quels-sont-les-traitements-efficaces
- Haute Autorité de santé, « Arrêter de fumer et ne pas rechuter : dossier d’information patient » (recommandation de 2014), has-sante.fr. https://www.has-sante.fr/jcms/c_1719733/fr/arreter-de-fumer-et-ne-pas-rechuter-dossier-d-information-patient
- Assurance Maladie, « Arrêt du tabac : quelle prise en charge pour les substituts nicotiniques ? », ameli.fr, 4 décembre 2025. https://www.ameli.fr/assure/remboursements/rembourse/medicaments-vaccins-dispositifs-medicaux/prise-charge-substituts-nicotiniques
- Tabac info service, « Je choisis un traitement adapté pour arrêter de fumer », tabac-info-service.fr, mis à jour le 7 octobre 2025. https://www.tabac-info-service.fr/j-arrete-de-fumer/je-choisis-un-traitement-adapte-pour-arreter-de-fumer
- Santé publique France, « Mois sans tabac 2026 : ouverture des inscriptions », communiqué du 1er octobre 2026, santepubliquefrance.fr. https://www.santepubliquefrance.fr/presse/mois-sans-tabac-2026-ouverture-des-inscriptions
- Santé publique France, « Abstinence tabagique à six mois parmi les appelants du dispositif téléphonique Tabac info service (39 89) », Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 2024, n° 11, publié le 28 mai 2024, mis à jour le 21 juin 2024. https://www.santepubliquefrance.fr/tabac/article/abstinence-tabagique-a-six-mois-parmi-les-appelants-du-dispositif-telephonique-tabac-info-service-39


